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Présentation

  

Objets de Saint Denis
Analyse PIXE
Analyse Raman
Route des grenats


D’or et de grenats : les chefs d’œuvre de l’orfèvrerie mérovingienne


Basilique de St Denis.
Les fouilles menées dans le sous-sol
de la basilique actuelle en 1953-1954,
puis de 1957 aux années 70,
ont mis au jour une série exceptionnelle
de tombes mérovingiennes,
cette nécropole de l’aristocratie franque
devenant royale à partir de Dagobert (629-639). 

Les bijoux des Mérovingiens : un style unique

La nécropole mérovingienne fouillée dans le sous-sol de la Basilique de Saint-Denis, au nord de Paris, a livré un ensemble d’objets de parures et d’accessoires vestimentaires de style cloisonné, dont les datations s’échelonnent de la seconde moitié du Ve s. au début du VIIe s. Ces objets ont appartenu à des personnages de l’aristocratie franque, et en particulier une parure attribuée à Arégonde, femme de Clotaire Ier, fils de Clovis, morte vers 580. Ces objets sont exposés au Musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye (MAN), le très riche mobilier d’Arégonde ayant été mis en dépôt au musée du Louvre (Paris). L’origine des matériaux employés dans ces bijoux ainsi que les techniques de fabrication étaient imparfaitement connues. C’est pour tenter de répondre à ces questions qu’à l’initiative de P. Périn et F. Vallet du MAN, les outils et méthodes du laboratoire ont été appliquées au trésor de Saint-Denis.

 

 


Les bijoux on été analysés à l’aide
de méthodes non-destructives.
Ici la méthode PIXE avec l’accélérateur
de particules AGLAE.
© C2RMF, T. Calligaro

PIXE et Raman : deux techniques d’analyses non destructives

Le prélèvement sur ces objets précieux étant exclu, deux techniques d’analyse totalement non-destructives ont été employées :

 - La méthode PIXE basée sur l’accélérateur de particules AGLAE, qui délivre la composition chimique de l’objet. Cette méthode rapide et multi-élémentaire possède une bonne sensibilité et surtout s’emploie directement sur les objets sans préparation.

- La micro-spectrométrie Raman, méthode d’analyse structurale qui permet de caractériser des particules microscopiques au sein d’un objet translucide. Elle s’avère particulièrement bien adaptée à l’identification des inclusions des gemmes, qui sont de précieux indicateurs de leur provenance.

 


Incrustations en pâte de verre de couleur verte :
verre sodique coloré par du cuivre.
© C2RMF, D. Bagault

Les résultats

Identification des gemmes

La composition chimique permet d’identifier les gemmes serties dans les bijoux. Il s’agit de grenats rouges (almandins, pyropes) et d’incrustations en pâte de verre (bleu, vert, rouge).

Provenance des grenats

La provenance des grenats est déterminée en croisant des techniques PIXE et Raman. La première délivre la composition en éléments majeurs, mineurs et traces en vue de la comparaison avec des grenats d’origine géographique connue. La sonde Raman permet d’identifier leurs inclusions minérales, qui sont des indicateurs de provenance des gemmes. Il en ressort que les grenats utilisés par les orfèvres mérovingiens ont été importés d’Inde, de Ceylan (Sri Lanka) et d’Europe centrale (Tchéquie).

Recettes des verres

La composition chimique permet de reconstituer les recettes des verres (verre sodique et verre au plomb), et d’identifier les éléments chimiques colorants (cobalt pour le bleu, manganèse pour le rouge, cuivre pour le vert).

Composition de l’or

La composition des alliages et soudures permet de caractériser les techniques de fabrication des bijoux: brasures, dorures, paillons … D‘autre part, d’intéressants indices sont obtenus sur la provenance de l’or utilisé pour la monture des bijoux : certains éléments présents à l’état de trace dans l’or tels l’étain permettent de distinguer deux types d’or.

 


Détail : les paillons sont placés sous
les lames de grenats (feuille d’or imprimée
d’un dessin géométrique, afin de
diffuser la lumière et de rehausser
l’éclat des gemmes.
© C2RMF, D. Bagault

Des matériaux et un savoir-faire unique

Ainsi, ces analyses permettent d’appréhender les bijoux dans leur globalité : pierres précieuses, verres, métaux nobles, techniques d’orfèvrerie… Elles ont permis d’esquisser une route des gemmes s’étendant jusqu’en Asie, qui s’interrompt à l’aube du VIIe s. Les techniques témoignent du savoir-faire des orfèvres mérovingiens ainsi que des échanges avec le monde byzantin.

Bibliographie

Collections d’objets

M. Fleury, A. France-Lanord, “les trésors mérovingiens de la basilique de Saint-Denis”, G. Koepp éditeur, 57 Woippy, France, 1998

Catalogue de l’exposition “L’Or des Princes Barbares, du Caucase à la Gaule au Ve siècle après J.-C. ”, éditions Réunion des musées nationaux, 2000.

Le style cloisonné couvrant

B. Arrhenius, “Merovingian Garnet Jewellery” Stockholm, Kungl. Vitterhets Historie och Antikvitets Akademien/ Almqvist & Wiksell, 1985

P. Périn,  “Les styles colorés” paru dans  “Le grand atlas de l’art” p. 236 de l’Encyclopédia Universalis, 1993

Mérovingiens et Francs

F. Vallet, “De Clovis à Dagobert : les Mérovingiens”, Découvertes Gallimard n° 268/R.M.N., 1995

P. Périn, L.-C. Feffer,  “ Les Francs ”, Armand-Colin, Paris , 2ème ed., 1997

P. Périn, G. Duchet-Suchaux, "Clovis et les Mérovingiens", Taillandier-Historia, Paris, 2002

Analyse scientifique

T. Calligaro, S. Colinart, J.-P. Poirot, C. Sudres, “Combined external-beam PIXE and µ-Raman characterisation of garnets used in Merovingian jewellery”, Nucl. Inst. And Meth. B, 189 (2002) 320

 


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