Retour page d'accueil Centre de recherche et de restauration des musées de France - RMN
Présentation

  


Une intervention monumentale : le remontage des colonnes gallo-romaines du musée de Vieux-la-Romaine


La domus aménagée en 1993,
après la fouille, en jardin archéologique.
Vieux-la-Romaine.
© E. Blot.

Le site et la domus

L’actuel village de Vieux (Calvados), situé à 10 km au sud-ouest de Caen, occupe l’emplacement de la cité romaine d’Aregenua, capitale du peuple des Viducasses.

De 1988 à 1991, le Conseil général du Calvados a mené la fouille exhaustive d’un vaste gisement situé dans le quartier des thermes de la ville antique. Les nombreuses structures mises au jour ont pu être étudiées dans de bonnes conditions du fait de l’absence d’urbanisation depuis l’époque romaine.

L’élément le plus remarquable est constitué par une très riche maison de ville (domus) datant de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle après Jésus-Christ et aménagée après la fouille en jardin archéologique. La décoration de cette maison, à plan centré sur un jardin à péristyle, était extrêmement riche et colorée dans les espaces de réception : bas-reliefs sur les pilastres d’entrée, colonnes sculptées du péristyle, mosaïques et peintures murales à l’intérieur des salles d’apparat.

La qualité des collections provenant du site était si grande qu’il a été décidé en 1998 de construire un musée à côté de la base archéologique, située elle-même à proximité de la domus.

 

 


Les colonnes du péristyle soclées
par l'atelier LP 3.
Vieux-la-Romaine.
© J. Blondel.

Le musée et les colonnes

Les colonnes constituent le lot le plus important découvert dans la région mais également l’ensemble le plus notable de colonnes décorées  trouvé dans un contexte domestique en Gaule.

Il est important de pouvoir les présenter dans l’espace du musée consacré à la domus. Malheureusement, elles ont été extrêmement fragmentées par les démolisseurs et les récupérateurs de pierre : seulement 8 d’entre elles peuvent être reconstituées. Les 4 colonnes du péristyle sont composées de fragments appartenant aux 16 colonnes d’origine alors que les 4 colonnes du balcon peuvent être remontées à partir de leurs propres fragments.

L’équipe du musée et les architectes-scénographes décident donc de faire remonter les colonnes de manière différente. Les fragments des colonnes du péristyle (environ 2.70 m de hauteur) seront soclés, c’est-à-dire ne seront reliés par aucun comblement. En revanche, les fragments des colonnes du balcon seront insérés dans une structure pleine évoquant la forme et les dimensions des colonnes originales.

 


Montage à blanc d'une
des grandes colonnes, dans la réserve.
© P. Jallet.

Le remontage des 4 colonnes du balcon

Les 4 colonnes en calcaire élaborées par paires (les 2 plus grandes soutenant les 2 plus petites) proviennent vraisemblablement d’un balcon situé au nord du jardin et surmontant le péristyle. Leur décor exceptionnel se compose de rinceaux de vigne peuplés d’animaux ou de personnages liés au culte de Dionysos / Bacchus, le dieu du vin.

L’étude réalisée par Pascal Vipard, archéologue du site de 1988 à 1999, permet de resituer tous les fragments originaux de chaque colonne et d’évaluer leur hauteur : environ 3,60 m pour les grandes et environ 2.40 m pour les petites. Le travail des restaurateurs paraît très complexe : il faut concevoir un dispositif permettant de recréer les volumes qui n’existent plus et de présenter les fragments originaux.

Les principes d’intervention sont donc les suivants :
- les parties créées pour combler les manques entre les fragments doivent être indépendantes de ceux-ci
- le montage doit être le plus simple et le plus réversible possible


La technique de remontage est alors choisie. Le principe de base consiste à réaliser les parties manquantes en béton, matériau de forte densité assurant une bonne stabilité. Les assises ainsi reconstituées associent les fragments de pierre assemblés et le béton. Elles sont aussi facilement empilables et démontables.

Chaque colonne est donc remontée à blanc dans la réserve avant d’être installée dans le musée. Les parties manquantes sont coulées en béton à partir de moules faits sur mesure pour chaque colonne.

Il  apparaît rapidement qu’il serait délicat d’empiler les blocs les uns au-dessus des autres sans les assurer par un quelconque système (diamètre des grandes colonnes de 44 cm pour 3,60 m de hauteur). Il est alors décidé d’installer un tirant constitué de barres d’acier inoxydable filetées ancrées dans le sol du musée, traversant les colonnes de part en part avec un serrage au sommet. Les fragments originaux n’étant généralement pas au centre des colonnes, ils ne doivent donc pas être percés. Des platines de métal sont reliées à la tige centrale et sont intercalées entre les ensembles de fragments, de manière à répartir le poids de l’ensemble (environ 1 t pour les grandes colonnes).

Le remontage est long et difficile. Les deux restaurateurs qui disposent d’un matériel important mettent environ 4 mois pour mener à bien les deux phases : remontage à blanc et installation des colonnes dans le musée.

 


Les colonnes remontées dans le musée,
à gauche les colonnes du balcon
et au fond les colonnes du péristyle.
Vieux-la-Romaine.
© J. Blondel

Les colonnes du balcon dans le musée

Une fois les colonnes remontées, les restaurateurs poursuivent leur travail en élaborant les finitions. Les parties en béton sont enduites d’un mortier au coloris proche des fragments afin de redonner une unité formelle aux colonnes et de mettre en valeur les fragments originaux. Aucune poursuite de décor n’est réalisée afin de permettre une distinction nette entre les parties refaites et les éléments antiques.

La restauration des colonnes s’achève avant l’inauguration du musée le 21 février 2002.

 

 


Musée : Florence Delacampagne, chef du service départemental d’archéologie du Calvados
Eric Delaval, archéologue du site de Vieux, Béatrice Labat, responsable du musée
Architectes-scénographes : agence Le Conte-Noirot
Restaurateurs : Patrick Jallet et Nicolas Imbert
Suivi du chantier C2RMF : Sylvie Watelet


© Centre de recherche et de restauration des musées de France - RMN
Navigation Retour accueil C2RMF Missions Opérations phares Actualités consultations Cartes postales Techne