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La commode du cabinet du conseil à Compiègne (château de Fontainebleau), Guillaume Benneman
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Un objet prestigieux dans l’histoire du mobilier royal français Parmi les nombreux meubles que les ateliers du Centre de recherche et de restauration des musées de France ont à traiter chaque année, certains présentent l’intérêt d’être des objets historiquement remarquables tout en offrant un champ d’étude stimulant pour la restauration. La commode du cabinet du Conseil, à Compiègne, aujourd’hui conservée au château-musée de Fontainebleau, est de ceux-là. La commode de Guillaume Benneman (hauteur : 0,91 m ; largeur : 1,91 m ; profondeur : 0,685 m – sans tenir compte du marbre), en bois de placage d’amarante, bois de rose et satiné, a été exécutée d'après un dessin de Lalonde. Elle fait partie d'un ensemble de huit commodes commandées par le comte de Provence (revendues au Garde meuble de la Couronne en 1786). Une a aujourd'hui disparu ; les autres sont réparties entre le musée du Louvre et les châteaux de Fontainebleau, Compiègne et Versailles. Elle présente un décor de faisceaux de licteurs et de trophées guerriers et porte les estampilles de Joseph Stöckel et Guillaume Benneman. Ce meuble témoigne du degré de raffinement atteint par le mobilier français sous le règne de Louis XVI.
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Détail mettant en évidence l'agrandissement de la commode au XVIIIe siècle. © C2RMF, G. Dufresne
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Histoire matérielle : un parcours mouvementéSa restauration dans les ateliers de Flore du Centre de recherche et de restauration des musées de France a été l’occasion de préciser les connaissances quant à l’histoire matérielle de l’objet. Créée par Stöckel dans une forme rectangulaire, la commode a été rehaussée de même qu'élargie, en 1787, d’un pied sur l’arrière (soit environ 30 cm) afin de l’adapter aux lambris du cabinet du Conseil, à Compiègne. Ses côtés ont été incurvés vers l’arrière. Sur le dessus, on voit parfaitement à l'oeil nu et sur la radiographie que cette opération s’est déroulée en deux étapes, la première courbe s’étant révélée trop accentuée (photos 10 et 24). Les moulures en bronze ont été également mises en forme et rallongées ; on retrouve, d’ailleurs, les entailles des pattes de fixation de ces moulures dans leur ancienne position. Cette transformation a été décidée par Hauré, sculpteur qui assure, de 1784 à 1787, la direction du travail de Benneman pour l’exécution des meubles d’ébénisterie et de menuiserie destinés aux demeures royales.
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L'agrandissement a eu lieu en deux étapes, visibles sur ce détail. © C2RMF, G. Dufresne
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Un meuble en danger ?Les vantaux et les côtés de la commode étaient fendus. A l’occasion de la transformation, des masses avaient été rapportées et clouées sur les côtés d’origine. Du coup, les différents éléments composant les côtés actuels, se trouvant bridés, s’étaient fendus sous l’action mécanique du retrait du bois. Le portes, très lourdes et massives, tant par leur structure que par la présence des bronzes dorés, ont eu tendance à se tasser avec le temps et frottaient à l’ouverture et à la fermeture - ce qui entraînait des risques d’arrachement importants. Les bronzes étaient encrassés. Enfin, l’examen minutieux du meuble a mis en avant la présence d’une inscription placée sur la traverse haute de l’arrière de la commode. Des photographies prises dans l’infrarouge ont permis de déchiffrer cette inscription manuscrite (au graphite) jusqu’alors illisible : “Service du roy à Compiègne pièce du cabinet”, suivie de la lettre B.
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Réflectographie infra-rouge faisant apparaître l'inscription d'origine. © C2RMF
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Les restaurations : préserver, comprendreL’urgence était d’empêcher les fentes de se propager. Les côtés ont donc été stabilisés, d’une part en collant des tapées à l’intérieur (dans la même essence et dans le même fil), d’autre part en déplaquant une partie des côtés afin de boucher les fentes. Les fentes des portes ont été stabilisées en intervenant au revers de façon identique que pour les côtés, notamment en pratiquant une dépose partielle du placage. On est venu ajuster une fine bande de placage en parement pour achever l’intervention. Le problème du vernis a retenu l’attention des restaurateurs : en concertation avec le conservateur responsable de l’objet, le vernis décrit par Roubo a été utilisé. Ce vernis a fait, à cette occasion, l’objet d’une étude à l’IFROA en 2000. Il présente l’avantage, par rapport au vernis tampon à la gomme-laque, de subir un moindre jaunissement au fil du temps. Le contraste entre la dorure au mercure, très présente, et ce vernis d’aspect satiné permet de faire ressortir harmonieusement tous les éléments décoratifs de la commode. Les bronzes ont été nettoyés avec un agent complexant (EDTA à Ph=9) qui décolle la crasse sans attaquer la dorure. Il faut noter, particularité technique de ce meuble, que les bronzes sont pleins et qu’ils sont d’une surface régulière au revers, ce qui est très rare.
La commode due à Stöckel, modifiée par Guillaume Bennenman, conçue pour le cabinet du conseil à Compiègne, est actuellement présentée dans les salles du château de Fontainebleau.
Responsables de l'œuvre : Yves Carlier, conservateur au château de Fontainebleau ; Amaury Lefébure, conservateur général, chargé du château de Fontainebleau. Ebénisterie : Claude Penot, Marc-André Paulin. Photographie scientifique et radiograhie : Gérard de Puniet
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| © Centre de recherche et de restauration des musées de France - RMN |
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