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Roubaix : ouverture de la Piscine-musée d’Art et d’Industrie. Les campagnes de restauration d’arts graphiques : 1990-2000
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Un programme de longue haleine La Piscine-musée d’Art et d’Industrie de Roubaix a été inaugurée au mois de novembre 2001. Le nouveau musée réunit l’ancien musée industriel de Roubaix, fondé en 1835, et installé de 1889 à 1940 dans les bâtiments de l’Ecole nationale supérieure des Arts et Industries textiles (ENSAIT) et le musée municipal, consacré au peintre d’origine roubaisienne, portraitiste mondain et décorateur monumental, Jean-Joseph Weerts (Roubaix, 1847-Paris, 1927) ; son œuvre a été présenté de 1924 à 1968 au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Ville. La restauration des œuvres graphiques, stockées dans les locaux de l’ENSAIT et dans la Mairie, quasiment abandonnées pendant des décennies, s’inscrit dans un programme de longue haleine et s’étale sur une période dix ans ; les premières restaurations, programmées par Bruno Gaudichon, directeur du musée, et menées par le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France remontent au début des années quatre-vingt dix. Près de deux cents œuvres, de tout format, ont été à ce jour étudiées, examinées, restaurées, montées.
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Pierre-Victor Galland : Montage de quatorze dessins, en cours de restauration (séchage sur support rigide). © C2RMF, E. Dupont.
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L’ensemble des dessins montés sur châssis de Pierre-Victor GallandEn dehors du musée des Arts décoratifs de Paris, l’œuvre du peintre décorateur, Pierre-Victor Galland (Genève, 1822-Paris, 1892), est particulièrement bien représenté au musée de Roubaix. En effet en 1902, les héritiers de l’artiste donnait à l’Ecole nationale supérieure des Industries textiles de Roubaix un important ensemble d’esquisses de l’artiste. Le musée conserve donc aujourd’hui un nombre non négligeable de dessins du peintre connu pour ses décors peints dans les églises de Paris (Eglise Saint-Eustache), dans les grands monuments (le Panthéon, l’Hôtel de Ville), les hôtels particuliers, mais aussi pour sa place de professeur à l’Ecole des Beaux-Arts ainsi que pour son rôle de conseil au sein de la Manufacture des Gobelins.
Nous avons été amené à réfléchir à la restauration et à la présentation d’un ensemble d’œuvres bien particulières : l’artiste avait regroupé lui-même par collage sur des toiles recouvertes de papier plusieurs dessins de techniques différentes (crayon graphite, pierre noire et rehauts de craie blanche, pastel, sanguine, gouache et aquarelle) et de supports variés (papier vélin plus ou moins épais, papier bleu, papier calque). Les toiles étaient tendues sur des châssis et l’ensemble était encadré. Bien entendu, toutes ces assemblages étaient en fort mauvais état de conservation et présentaient d’importantes déchirures et des lacunes.
Il a été décidé en concertation avec le conservateur du musée de conserver la présentation originale des œuvres tout en assurant la bonne conservation des pièces. Après un dépoussiérage, les dessins ont été déposés de leur fond coloré et chaque dessin a été restauré individuellement. Le fond de papier coloré étant particulièrement dégradé, il n’a pas été possible de le réutiliser. La toile et le châssis qui avaient été la cause des principales altérations n’ont pas non plus été conservés. Ils ont été remplacés par un support rigide recouvert de carton neutre. Un papier Japon teinté à l’aquarelle dans une teinte proche de celle du papier d’origine a été posé sur cet ensemble. Les dessins ont ensuite été redisposés sur le montage, en respectant la disposition d’origine. Les cadres en bois ont été réadaptés, avec la mise en place de rehausse permettant d’écarter l’œuvre du verre.
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Anonyme, Fetes du travail. Couronnement de la Muse du Peuple : après restauration. © C2RMF, E. Dupont.
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Les grands formatsLe musée de Roubaix conserve aussi plusieurs oeuvres de grand format : de grands projets décoratifs à la gouache de Raymond Tourdias et de Gustave Lesage (1903), ainsi que des projets d’affiche réalisés en 1924 pour la fête du travail, le Couronnement de la muse du Peuple. Le musée souhaitait pouvoir présenter ces ensembles par roulement. Ils ont donc tous été restaurés et montés afin de les exposer dans de bonnes conditions. En raison de leur taille importante, il a fallu réfléchir au support présentant la meilleure stabilité pour ce type d’oeuvres. Nous présentons ici l’un des projets de 1924 (Inv. 988-5-63), le plus grand (168 x 118 cm) réalisé à la détrempe sur papier vélin. L’œuvre avait été jusqu’alors stockée en rouleaux, ce qui avait fortement contribué à sa dégradation : empoussièrement important, jaunissement et oxydation du support, gondolement général du papier, éclatement important de la partie supérieure. On notait aussi la présence de déchirures le long des bords. Par ailleurs, la couche picturale, rigidifiée, présentait d’importantes faiblesses d’adhérence, à la fois sur le papier, et ponctuellement entre les différentes strates de peinture. Le mode de conservation de l’œuvre avait provoqué d’importantes pertes de matière. Après un dépoussiérage général et la consolidation des zones déchirées à l’aide de méthylcellulose, les zones présentant des risques de pertes de matière ont été refixées à l’aide d’une solution diluée d’adhésif (méthylcellulose). L’affiche a été doublée d’une double strate de papier Tengujo et de colle de méthylcellulose, ce qui a permis l’obtention d’une meilleure planéité de l’œuvre grâce à la dilatation du support provoqué par l’humidité apportée par la colle. Le restaurateur a ensuite procédé à la pose de bandes de maintien le long des bords au verso afin de maintenir l’œuvre sur un fond de carton de conservation, en alvéolaire. L’œuvre a finalement été encadrée pour pouvoir être exposée.
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David d’Angers : Etude d’anatomie (avant restauration). © C2RMF, E. Dupont.
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Les dessins rangés en boîte du fonds du musée de RoubaixAu cours de ces dix années de restauration, le C2RMF s’est vu confier pour restauration un important ensemble de dessins du XIXe siècle de petits et moyens formats : des études anatomiques au crayon graphite d’Ehrmann, de magnifiques dessins au crayon graphite et à la pierre noire de David d’Angers, des esquisses à la sanguine, à la pierre noire ou au fusain de Galland, ou encore des études dessinées d’Alphonse Colas. Ces dessins ont été restaurés, montés dans des dépassants puis des passe-partout et finalement rangés dans des boîtes de conservation. Ils seront placés dans une réserve d’arts graphiques installée au sous-sol. Les œuvres graphiques seront exposées par roulement dans les anciennes cabines de douche, aménagées en petits cabinets.
Responsable des œuvres : Bruno Gaudichon, directeur de la Piscine-musée d’Art et d’industrie de Roubaix. Suivi du chantier au C2RMF : Natalie Coural. Restaurateurs : Michel Cailleteau, Yann Pellée de Saint-Maurice.
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| © Centre de recherche et de restauration des musées de France - RMN |
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