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Présentation

  


Restauration du Portrait des petits enfants Claude, Gérard et Jacqueline (décembre 1950), plafond de l’hôtel Régina,
Musée Matisse du Cateau-Cambrésis

Détail des plissements de la toile
avant restauration du support.
© C2RMF

Fortune et infortune de l’œuvre

• Décembre 1950 : Un geste de virtuosité à usage privé
 Période de la vieillesse mais période de féconde activité, illustrée par les grands papiers gouachés et par le chantier de la chapelle de Vence, les cinq dernières années de Matisse se déroulèrent essentiellement à Cimiez, sur les hauteurs de Nice, à l’hôtel Regina. Il devait également réaliser, sur les murs mêmes de l’appartement, de grandes études au fusain selon une technique réduite à l’essentiel et qui n’autorise ni l’effet ni le repentir. Parmi celles-ci, les visages esquissés de ses trois petits enfants au plafond de la chambre fixe le souvenir de la réunion familiale organisée pour son quatre-vingtième anniversaire. Alors qu’il était alité, il saisit un fusain qu’il monta sur une longue perche de bambou puis il traça rapidement les portraits, d’un geste assuré malgré la difficulté et l’effort physique. Qu’elles aient été réalisées “ par jeu, par épate, ou pour se rajeunir ”, selon le témoignage de Jacqueline, les trois grandes effigies de ces petits enfants veillèrent sur les nuits de l’artiste en ses ultimes années.
• Eté 1970 : Un arrachement traumatisant
 Après le décès de Matisse en 1954, le sort des dessins muraux allait rester en sursis jusqu'à l’été 1970, où ils furent transposés sur toile.
 La transposition, qui consiste à séparer la peinture du reste de la cloison puis à la remonter sur un nouveau support, est une opération dangereuse et fragilisante. En l’occurrence, et selon les écrits du restaurateur qui se chargea de ces interventions, elle a donné lieu à des expérimentations quelque peu audacieuses. Le support original, réduit à la fine couche du badigeon, fut ainsi aminci à l’extrême. De même, afin de fixer le fusain et limiter les risques de solubilisation de la peinture au moment de l’encollage du cartonnage de protection, les surfaces firent l’objet d’une imprégnation préalable avec une résine vinylique. Enfin, les compositions de grandes dimensions, comme le plafond du Cateau-Cambrésis, durent être morcelées avant d’être réassemblées.
• 1970- 2002 : Relégation et réhabilitation
 L’œuvre ne devait pratiquement plus être présentée pendant les trente années qui suivirent sa dépose. Grâce à la volonté et à la générosité de la famille Matisse, elle réapparaît aujourd’hui dans les salles du musée du Cateau-Cambrésis, dans une présentation aussi conforme que possible à sa situation d’origine.

 

 

Vue générale, à l'issue du traitement
du support: malgré la consolidation
du support et la reprise de planéité,
les joints de toile sont encore très visibles.
Le badigeon blanc conserve sont aspect
très chaotique.
© C2RMF, G. Dufrêne

Etat de l’œuvre avant restauration

Le constat et le diagnostic préalables à l’intervention ont été établis à partir d’examens complétés par l’analyse de micro-prélèvements :
• Les coupes stratigraphiques sont étudiées sous microscope optique afin d’observer le nombre, l’épaisseur et l’aspect des différentes couches de matière. 
• Chaque couche est ensuite analysée par microspectrométrie infrarouge, permettant de préciser la composition des liants et de certains pigments par interprétation des spectres.
 La composition forme un rectangle irrégulier d’environ 324 x 409 cm, fragmenté en sept éléments de formes et de dimensions variées contrecollés sur une grosse toile de lin. Des raccords disgracieux traversent le dessin en le balafrant de manière irrémédiable.

 


Détail des usures et lacunes du badigeon.
© C2RMF, G. Dufrêne

Restauration

La restauration s’est déroulée dans les salles du musée à l’été 2002. Les choix techniques ont été guidés par le souci de ne pas intervenir trop lourdement sur une œuvre déjà traumatisée tout a assurant sa solidité. Les modalités d’accrochage et de présentation, définies en concertation avec les architectes, ont également été déterminantes dans la définition du projet.

 Assurer la cohésion et la stabilité structurelle

• Après refixage des soulèvements locaux de la couche de peinture, les restaurateurs ont démonté les fragments du plafond en dégageant la toile de doublage. Cette phase très périlleuse,  effectuée par le revers, a pu être réalisée mécaniquement et sans apport de solvant, en profitant du faible pouvoir d’adhésion de la résine acrylique.
• Afin de résorber les plissements de toile, chaque fragment a été monté sur un bâti provisoire avant d’être doublé sur un film de non-tissé polyester. L’opération est effectuée sur une table aspirante sans apport d’humidité, avec une résine acrylique en solution, afin de limiter les risques de retrait de toile qui aurait rendu le réassemblage non jointif.
• Les fragments ont été repositionnés sur un plan rigide, constitué de plaques de polypropylène maintenues dans un châssis aluminium. L’interface entre le panneau et les toiles est constituée par deux épaisseurs de non-tissé polyester et le collage final est effectué par un thermocollage au fer avec un film de Beva®. La mise en œuvre de cette dernière opération a nécessité la fabrication d’une enveloppe à vide partiel pour assurer des conditions d’humidité et de pression identiques sur toutes les toiles.

 Amélioration de l’état de présentation

• Les produits aqueux étant proscrits en raison de la sensibilité du liant de la peinture, c’est avec de l’éthanol que la totalité de la surface picturale a été nettoyée. Les taches d’adhésif vinylique  consécutives à la transposition ont été ramollies avec la même méthode, puis retirées mécaniquement.
• L’enlèvement des croûtes débordantes d’enduit huileux, plus solides et plus cohésives que le badigeon, posaient un problème délicat. Elles ont finalement été abrasées et aplanies au scalpel.
• Les lacunes les plus gênantes et les joints de toile ont été comblés avec un mastic synthétique. La mise au ton et le réglage du brillant ont été effectués avec des pigments liés avec du Laropal ®, choisi en raison de sa réversibilité. Toutefois les anciennes fissures du plafond, qui rappellent l’origine et la nature initiale de l’œuvre, n’ont pas été complètement masquées.
• Les imprégnations et taches locales sur le badigeon ont été calmées par un voile de pastel dans les parties trop sombres et par une patine à l’aquarelle dans les zones trop claires.

Accrochage du plafond

après étude et réalisation des dispositifs de levage.

Vue générale du plafond à l'issue de l'intervention,
avant son accrochage définitif.
© C2RMF, G. Dufrêne

Cette restauration a bénéficié d’un mécénat de la fondation BNP- Paribas pour l’art

Responsable de l’œuvre : Dominique Szymusiak, conservatrice du musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis.
Suivi du chantier au C2RMF : Gilles Barabant.
Analyses des prélèvements : Nathalie Balcar au C2RMF ; Centre national d’évaluation de photoprotection de l’Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand).
Restauration effectuée sous la direction de  : Claire Bergeaud, Franziska Hourrière.


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