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Présentation

  

Un exemple illustrant la vocation du C2RMF au service de la connaissance du patrimoine : L’Annonciation attribuée à Roger de la Pasture du musée du Louvre


Détail de l’Annonciation
Photographie en lumière directe.
© C2RMF, O. Guillon

A l’occasion de son étude par le département des peintures en vue de sa publication (1) le département de recherche du C2RMF a étudié L’Annonciation conservée au Louvre et attribuée à Roger de la Pasture dit Van der Weyden.

L’étude radiographique rend compte d’un support en chêne comportant quatre planches verticales assemblées selon la tradition flamande où il faut toutefois signaler une atteinte xylophage. La réflectographie infrarouge réalisée par le C2RMF a montré des modifications de l’exécution picturale par rapport au dessin sous-jacent. La fenêtre initialement dessinée a été rétrécie, le sceptre initial de Gabriel abandonné.
La composition finale, au stade pictural, comporte plusieurs repentirs en partie restitués par l’examen radiographique lorsqu’ils concernent des éléments incisés ou un changement tardif à la phase peinte. L’étude des pigments, parmi lesquels il faut mentionner notamment le blanc de plomb, l’azurite et le jaune de plomb et d’étain, ne présente aucun anachronisme par rapport à la date supposée du tableau. Aucun élément ne nous permet d’étayer ou d’infirmer son attribution à Roger de la Pasture lui-même.

 

 


Détail de l’Annonciation
En réflectographie infrarouge, on voit que le visage
de la Vierge avait été initialement dessiné plus haut.
Le menton se voyait à droite de la bouche telle qu’elle
a été peinte, la bouche à hauteur du nez et les yeux
au niveau du front actuel.
© C2RMF, P. Le Chanu

L’attribution à Roger de la Pasture dit Van der Weyden

Beaucoup d’historiens ont accepté l’attribution de l’Annonciation du Louvre à Roger de la Pasture (dit Van der Weyden), suite à l’analyse d’ Erwin Panofsky (2). L’influence de Van Eyck pour l’éclairage diffus modelant les éléments a été très souvent notée, tout comme celle du maître de Flémalle. Cependant certains voient habituellement chez Roger de la Pasture des compositions plus sobres et un “sentiment d’harmonie géométrique” qui serait absent ici. Cette différence a été expliquée par certains en voyant dans ce tableau une œuvre de jeunesse.

 

Le débat

Cette attribution est aujourd’hui contestée.

Le professeur Van Asperen de Boer (3) pense que le dessin sous-jacent de l’Annonciation différait de celui de Robert Campin et Roger de la Pasture. Il est cependant proche, pour les drapés, du dessin sous-jacent rencontré sur le Polyptyque du Jugement dernier conservé à l’Hôtel-Dieu de Beaune. Les attributions fondées uniquement sur le dessin sous-jacent sont d’ailleurs périlleuses puisque la division du travail devait être de règle dans les ateliers et que les tableaux sont par conséquent des œuvres collectives.

 Philippe Lorentz (1) propose de voir une œuvre réalisée avant 1450 dans l’entourage de Roger de la Pasture. Il s’appuie pour cela sur l’étude dendrochronologique de Pieter Klein, qui suggère 1431 comme date terminus post quem pour l’exécution de l’oeuvre. Cette hypothèse invalide la datation en 1470 par Catheline Périer D’Ieteren (4).
 
Philippe Lorentz constate également quelques disparités de facture : si les personnages sont très proches du style de Roger de la Pasture, ils ne s’intègrent pas bien dans un environnement un peu artificiel. Philippe Lorentz et Catheline Périer D’Ieteren s’accordent par ailleurs sur la rapidité de facture du paysage.

Plusieurs œuvres de grande échelle ont pu servir de modèle pour être adaptée à un plus petit format, sans que le tableau ne soit pour autant une copie servile.
Quelques œuvres réalisées dans les anciens Pays-Bas ou en Allemagne présentent des motifs communs avec l’Annonciation. Ainsi, dans l’Annonciation du maître de Schöppingen,  un ange tient un sceptre, d’abord prévu dans l’Annonciation du Louvre.
Cette dernière est en tout cas une oeuvre de haute qualité, qui a pu être réalisée par un peintre de l’atelier de de La Pasture, d’après un modèle du maître, enrichi d’éléments bruxellois.

 

Détail de l’Annonciation
Photographie en lumière directe.
© C2RMF, O. Guillon

Bibliographie

1) Philippe Lorentz et Micheline Comblen-Sonkes, Corpus de la peinture des anciens Pays-Bas méridionaux et de la principauté de Liège au quinzième siècle (corpus 19 : le Louvre III, texte), 2001, pp 28-54

2) Erwin Panofsky, Early Netherlandish Painting, Its origine and Character, Cambridge, Mass., 1953.

En réflectographie infrarouge,
on voit qu’une première ébauche dessinée
a été tracée sous le dressoir actuel.
Cela tend à écarter l’idée que le tableau
du Louvre ne serait qu’une copie.
© C2RMF, P. Le Chanu

3) J.R.J. van Asperen de Boer, Jellie Dijkstra, Roger van Schoute, “Underdrawing in paintings of the Rogier van der Weyden and master of Flémalle groups”, Nederlands Kunsthistorisch Jaarboek, Zwolle, 1992, pp 298-302.

4) Catheline Périer-D’Ieteren, “L’Annonciation du Louvre et la Vierge de Houston sont-elles des œuvres autographes de Rogier Van der Weyden ?”, Annales d’Histoire de l’art et d’archéologie (Bruxelles), 1982, pp 7-26.


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