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Les Grands Chantiers
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Le Bonheur du jour d'Alphonse Giroux, Château de Compiègne.
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Vue du meuble de ¾ face. © C2RMF, G. Dufrene
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Un meuble surprenant pour son époqueLe Bonheur du jour que le château de Compiègne a confié au C2RMF pour restauration étonne par ses formes : on le croirait sorti tout droit du mouvement Art Nouveau, alors qu'il date du milieu du XIXe siècle. Meuble en poirier sculpté à décor d'animaux et de végétaux, orné de six panneaux de bois plein, peints à l'huile, présentant un intérieur en marqueterie losangique de bois de rose et un velours bleu sur l'abattant, il a figuré à l'Exposition Universelle de 1855. C'est à cette occasion qu'il a été acheté par l'Impératrice Eugénie. Il est entré au musée du château de Compiègne en 1955. |
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Vue de face les trois vantaux et l'abattant ouverts découvrant une niche, deux rangées de quatre tiroirs, deux petits tiroirs et le velours bleu. © C2RMF, G. Dufrene
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Un aspect énigmatique…Ce meuble était d'un aspect brun terne très marqué. Toute la question, face à cet état, a été de savoir si cette couleur correspondait à un état antérieur voulu ou si, tout simplement, il s'agissait d'une couche de crasse. L'apport du laboratoire a été, ici, déterminant : des analyses ont été effectuées pour déterminer la nature de la protection de surface et celle de la patine éventuelle. Le spectre obtenu par spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier correspond au spectre d'une cire d'abeille. Une fois ce premier résultat obtenu, on a eu recours à la microanalyse au microscope électronique à balayage (MED-EDS). Celle-ci a mis en évidence l'absence de pigment dans la cire, des traces de carbonate de calcium et de sulfate de calcium ont été détectées, la répartition de ces grains correspondant à celle observée dans le cas d'encrassement. On a pu alors en déduire le résultat suivant : le poirier, bois à grain très fin, permet une belle finition, la cire d'abeille fait ressortir sa couleur chaude. Devant la difficulté d'épousseter les éléments sculptés, la poussière de près d'un siècle et demi s'est collée sur la cire. La couleur du meuble n'a donc rien d'un état original, qui serait dû à une technique particulière pratiquée dans les années 1850. La cire et la crasse ont été dégagées en utilisant un mélange d'essence de térébenthine et d'éthanol. En fin de restauration l'ensemble recevra une couche de cire d'abeille additionnée de cire de Carnauba pour augmenter son point de fusion et la rendre ainsi moins collante à la poussière.
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Intervention en cours, recollage des parties décollées sur la face du corps du haut, médaillon du côté droit. © C2RMF, M.-A. Paulin
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Un meuble faisant appel à deux spécialités dans la restauration : L'ensemble du meuble présentait des traces d'attaques d'insectes xylophages. Bien qu'il n'y ait pas d'activité apparente, le meuble a été traité contre les insectes xylophages qui sont friands du poirier : l'anoxie pratiquée a été menée au C2RMF, elle a été du type statique. Les lacunes les plus gênantes seront comblées en résine, il ne paraît pas raisonnable vu la fragilité du meuble et la mise en œuvre de la sculpture (chocs répétés) de refaire les éléments en bois. Le pied arrière droit cassé risquait d'entraîner des dégradations beaucoup plus graves. La fragilité des éléments sculptés a engendré de nombreuses lacunes au fil du temps. Le velours de l'abattant est taché et complètement usé (il sera nettoyé, mis en réserve et remplacé par un neuf). En parallèle de ces interventions concernant le bâti et le tissu, ce sont les peintures qui ont retenu l'attention des équipes du C2RMF. Des scènes historiées forment le décor des trois panneaux de 32,5 cm de haut et d'environ 19,5 cm de large inclus dans les vantaux de face, alors que des fleurs (roses, violettes, pivoines) et des feuillages prennent place sur les trois autres panneaux. L'examen à l'œil nu et au microscope électronique, le dossier d'imagerie scientifique (radiographies partielles et photographies en lumière directe, rasante et sous fluorescence UV et IR) ainsi que quelques prélèvements (étude stratigraphique complétée par une microanalyse au microscope électronique à balayage MEB-EDS) apportent un éclairage plus précis sur la technique d'élaboration de ces peintures et sur les restaurations qu'elles ont subies. Ces panneaux, à l'origine, étaient recouverts d'une préparation blanche à base de carbonate de calcium, puis d'une mixtion oléo-résineuse probablement en deux strates, dont l'une très fine pourrait contenir de la gomme-laque ; une feuille d'or posée sur cet ensemble est en grande partie masquée par des couches colorées assez fines, riches en plomb, aux empâtements localisés. Aucun repentir particulier n'est à souligner. De nombreuses craquelures prématurées sont notables sur ces panneaux ; elles sont peut-être dues à un séchage défectueux de la mixtion sous la feuille d'or. Des craquelures d'âge, assez fines, forment également un réseau sur les parties claires. L'adhérence de la couche picturale s'avère satisfaisante. Les restaurations anciennes ont été probablement été exécutées sans dépose des panneaux comme l'attestent les traces de vernis. Elles recouvrent de façon débordante les craquelures prématurées ; aujourd'hui, elles se révèlent désaccordées et nuisent à l'harmonie de l'ensemble recouvert d'un vernis fin, légèrement encrassé et mat, mais très peu jauni. Le vantail central se révèle très repeint et le fond d'or est localement usé, en particulier dans les motifs exécutés par sgraffito. Il en va de même pour le vantail dextre qui présente une femme avec un page, altéré par d'importants repeints sur les vêtements et dans le ciel. Des essais de nettoyage très progressif vont être effectués afin d'appréhender l'état de la couche picturale originale et d'envisager plus précisément le niveau à atteindre : décrassage général, suivi du nettoyage du vernis et de tests de nettoyage de repeints qui permettront d'en estimer la solubilité et de préciser l'état de conservation de la couche picturale. On pourra alors estimer la suite à donner à cette intervention : traitement de type fondamental comprenant l'enlèvement ou l'amincissement des repeints, la réintégration des lacunes et l'harmonisation des usures ou traitement conservatoire tourné vers le maintien des repeints et leurs réharmonisation.
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La radiographie du vantail central fait apparaître une série de petits trous, dont le relevé sur rodhoïd montre la disposition régulière. © C2RMF, M.-A. Paulin |
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Une radiographie trompeuse ?Étant dans la quasi impossibilité de déposer les panneaux peints, la couche picturale du panneau central a été radiographiée sur le vantail même. Cette opération a fait apparaître une série de petits points noirs correspondant à des petits trous (photo 85). La radiographie restait néanmoins muette quant à la signification de ces trous… Il était impossible de savoir à quoi ils correspondaient et où il se situaient : sur le bâti du vantail ? sur le panneau peint ? Ce qui ne laissait pas de susciter la curiosité quant à l'origine et la structure des panneaux peints… D'autres radios sur les vantaux latéraux ont donné le même résultat. Après avoir déposé un panneau d'un des côtés, les petits trous sont apparus sur le bâti même, nous dévoilant la technique de fabrication utilisée : les panneaux sont incrustés dans le bâti - et pour avoir un défoncé régulier, des trous ont été percés (avec une mèche à bois) à la même profondeur et à intervalles réguliers afin de délimiter le fond de l'incrustation. Les petits trous observés à la radio correspondent donc à la queue de cochon de la mèche à bois !
Responsable de l'œuvre : Françoise Maison, conservateur en chef au château de Compiègne. Suivi du chantier au C2RMF : Blaise Ducos, Isabelle Cabillic. Analyses : Elisabeth Martin, Eric Laval, Nathalie Balcar au C2RMF Examens : Marc de Drée au C2RMF. Restaurateurs pour l'ébénisterie et le textile : Claude Penot, Marc-André Paulin, Roland Février, Claude Aubert. Restauratrice pour la couche picturale : Cécile Gouton.
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| © Centre de recherche et de restauration des musées de France - RMN |
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