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Les Grands Chantiers


Notre Dame de Grasse : l'étude et la restauration d'une sculpture gothique en pierre polychromée (Musée des Augustins, Toulouse)


Vue d'ensemble de Notre Dame de Grasse,
avant restauration.
© C2RMF, A. Chauvet

L'oeuvre

Notre Dame de Grasse
est le nom donné à une sculpture représentant une Vierge à l'Enfant assise, appartenant aux collections du musée des Augustins de Toulouse (N° d'inventaire : RA 788)
Entrée au musée avant 1805, Notre Dame de Grasse est considérée comme un des chefs d'œuvre de la sculpture gothique toulousaine du XVe siècle. Son origine et son histoire sont pourtant assez mal connues : datée, grâce à des rapprochements stylistiques, du milieu du XVe siècle, elle pourrait provenir de la chapelle d'axe de l'église des Jacobins de Toulouse, consacrée justement à Notre Dame de Grasse dans le courant du XVe siècle.
Mesurant 132 cm de hauteur, cette sculpture en calcaire polychromé présente aujourd'hui certaines altérations de structure (cassures, manques et épaufrures) et de surface (polychromie lacunaire et confuse). L'importance historique et artistique de cette œuvre et son état général ont conduit le musée à faire entreprendre une étude approfondie, menée conjointement par une équipe de restaurateurs et le département Recherche du C2RMF, destinée à proposer une intervention de conservation-restauration.


 

 


Notre Dame de Grasse, détail du visage
de la Vierge, avant restauration.
© C2RMF, Anne Chauvet

L'étude

L'étude s'est déroulée en trois phases, entre 1998 et 2001, conduite par Marie-Emmanuelle Meyohas, restauratrice, parallèlement à des analyses, faites par Sandrine Pagès-Camagna, sur des prélèvements de polychromie (coupes stratigraphiques, analyse par microscopie électronique à balayage et tests microchimiques). Elle a principalement porté sur l'état actuel de la polychromie, ainsi que sur la chronologie des interventions successives matérialisées, d'après l'observation, d'une polychromie originale, de quatre repeints et de deux badigeons (le dernier badigeon ayant sans doute été posé juste avant l'entrée de l'œuvre au musée). Actuellement, la surface de la sculpture est rendue difficilement lisible par la juxtaposition de ces différents niveaux, dans la mesure où les altérations ne se sont pas produites de façon homogène.
La pierre peut être à nu en certains endroits particulièrement exposés aux intempéries ou, encore, lorsque la polychromie a été grattée avant que ne soit posée une nouvelle couche colorée.
Ailleurs, la surface peut avoir un aspect très hétérogène et confus : en effet, au gré des altérations, les couleurs des différents repeints peuvent se juxtaposer sans aucune cohérence. Les volumes et les détails très finement sculptés sont souvent alourdis par l'ensemble de ces interventions dont l'épaisseur totale est importante.
L'observation de cet ensemble, à l'œil nu et sous loupe-binoculaire, la réalisation de très petits sondages au scalpel, confrontées aux résultats des analyses de laboratoire, ont permis d'établir le plus précisément possible quel était l'aspect général de la sculpture après chaque intervention de polychromie et d'estimer l'état de conservation de chacune de ces couches colorées. C'est sur la base de ce travail qu'ont pu être prises, par la suite, les décisions concernant la restauration proprement dite.


 


Notre Dame de Grasse, détail du pied
de l'Enfant, avant restauration.
© C2RMF, Anne Chauvet.

Les choix de conservation-restauration

Les premières opérations à envisager sont d'une part un nettoyage de la surface (poussière, encrassement, présence de " croûtes noires " dues à une exposition aux intempéries et à la pollution à un moment donné) et un traitement des éventuelles altérations structurelles.
Mais, la partie la plus longue et, sans doute, la plus spectaculaire, de la restauration en cours sera le dégagement des restes de la polychromie originale de la sculpture.
L'étude a montré que la polychromie originale n'était pas plus lacunaire et était plutôt mieux conservée que les repeints postérieurs. D'autre part, elle établissait la faisabilité d'un éventuel dégagement de la polychromie originale, c'est à dire de l'élimination des couches plus tardives. Tout dégagement de polychromie supposant la suppression des couches postérieures et de toutes les informations qu'elles peuvent contenir, ce choix ne peut être fait qu'après une étude précise et détaillée. Dans la même logique, et dans l'espoir que d'autres techniques d'analyse et d'investigation nous permettent en jour d'en apprendre davantage, il est important de documenter chaque étape d'un dégagement et de garder, dans des zones discrètes, des témoins des couches que l'on élimine.
La restauration de Notre Dame de Grasse a commencé au mois de juin 2002 et devrait durer jusqu'au deuxième semestre 2003. Elle a lieu au musée des Augustins où des journées d'information seront organisées.




Notre Dame de Grasse,
détail de la chevelure de la Vierge,
avant restauration. La dorure
originale est visible sous les repeints.
© C2RMF, A. Chauvet


 

Responsable de l'œuvre : Alain Daguerre de Hureaux, directeur du Musée des Augustins. Suivi du chantier au C2RMF : Christine Lancestremère.

Analyses de la polychromie : Sylvie Colinart et Sandrine Pagès au C2RMF.
Restaurateurs : Juliette Lévy et Marie-Emmanuelle Meyohas pour l'étude ; Dominique Faunières et Delphine Masson pour la restauration.


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