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Le Sarcophage médian de Nehemsimontou
Restauration fondamentale

 


© C2RMF

Le Château-Musée de Boulogne-sur-mer conserve dans ses collections un sarcophage médian en bois polychrome au nom d’un prêtre égyptien, Nehemsimontou, acheté en 1837 au Dr Hébray. Ce sarcophage, provenant probablement de Thèbes, faisait partie d’un ensemble funéraire qui comportait une momie, qui n’est pas celle du défunt, et un sarcophage extérieur qui a disparu à la fin de la première guerre mondiale et dans lequel il s’insérait.

La momie était elle-même enveloppée dans un cartonnage, aujourd’hui au musée des beaux-arts de Grenoble.
Ce sarcophage occupe une place importante dans l’histoire des collections égyptiennes boulonnaises et plus particulièrement dans celle de l’égyptologie. Il serait à l’origine de la passion de Mariette pour l’Egyptologie, qui a procédé à son étude.

 

 

 

 

Pied côté dextre en cours
de dégagement,
© C2RMF


 

Le sarcophage médian de Nehemsimontou a été confié par le Château-Musée au C2RMF pour étude et restauration, suite à la découverte de traces de polychromie sous jacente lors de l’exposition Mariette  en 2004 quand un joint avait été retiré, et à la suspicion d’une infestation d’insectes.

5 campagnes d’interventions de restaurations ont été identifiées. Ainsi, le collectionneur parisien, le docteur Hébray, qui a vendu le sarcophage à la ville est intervenu sur l’objet avant sa vente dans le but d’en augmenter la valeur marchande. Des restaurations ont ensuite été menée pendant l’entre deux guerres, suite aux détériorations subies. L’artiste Gil Franco est intervenu sur la structure et sur la polychromie dans les années 1950. D’autres interventions ont eu lieu en 1948 (désinsectisation au musée de l’Homme), en 1980 sur la polychromie et en 2004 avec le dégagement des bouchages du joint d’assemblage des deux planches principales du couvercle, et l’application de Paraloïd B72 sur la surface du sarcophage.

 

 

 
 

Radiographie sous rayons X
lors de l’étude
© C2RMF,

Fortement restauré au cours de son histoire, l’intervention de restauration supposait une meilleure connaissance de l’objet, afin de déterminer le protocole de restauration et d’en préciser les différents choix. Aussi le sarcophage a-t-il fait l’objet d’une étude préalable à la restauration en mars 2008. Plusieurs campagnes d’examens (2005, 2006, 2007) ont été menées afin de mieux appréhender l’historique de ces interventions de restaurations antérieures (photographies sous UV, IR, radiographie), et les matériaux constitutifs de l’objet. Des analyses en laboratoire ont été effectuées pour la polychromie par le C2RMF par Sandrine Pagès-Camagna et pour l’identification du bois par Victoria Asensi-Amoro. L’ensemble de ces résultats a permis de compléter les informations relatives au traitement et à la connaissance du sarcophage (technique de mise en œuvre, état de conservation…).

Plusieurs bouchages ont été identifiés sur le couvercle et sur la cuve. De même, des surpeints modernes ont été mis en évidence, notamment au niveau des motifs originaux très altérés, ainsi que sur certains hiéroglyphes dans leur totalité. Certains motifs ont également été reconstitués. Ainsi, des retouches posées sur des mastics blancs reconstituant des signes hiéroglyphiques ou des éléments de décor ont été mis en évidence au cours de la restauration. Certains motifs sont réapparus, tels qu’une tête de cheval sur le côté dextre sous le pectoral du couvercle dont l’originalité semble douteuse, notamment au niveau stylistique et du fait qu’elle repose sur un mastic. Mais l’étude sous loupe binoculaire n’a pas permis de confirmer son caractère moderne, aucune couche polychrome plus ancienne n’ayant été observée.

 

 

 

Dessus de la perruque
en cours de dégagement
© C2RMF,

Plusieurs questions se sont posées à propos du traitement à opérer, telles que les possibilités de dégagement de la polychromie, mécaniquement au scalpel (qui pouvait s’avérer très difficile surtout en l’absence de vernis) ou chimiquement par des solvants. En outre, les difficultés techniques de dégagement du premier surpeint ont été mises en évidence lors de l’étude préalable. Aussi des tests de suppression des bouchages et des surpeints ont-ils été réalisés au scalpel et selon un procédé chimique, permettant de valider le protocole choisi.

Les interventions proprement dites de restauration ont consisté en un dégagement des bouchages et des surpeints, un refixage de la polychromie, un nettoyage, des bouchages des lacunes et des joints d’assemblage ouverts, des mastics de remise à niveau sur le visage et des retouches colorées.

Ainsi, la grande hétérogénéité des aspects de surface dus à des techniques picturales différentes et aux interventions antérieures particulières a mené à choisir des méthodes de traitement spécifique à chaque cas. Le comité scientifique s’est réuni toutes les 6 semaines pour suivre l’avancée des interventions étape par étape, et choisir collégialement les partis de restauration et de dérestauration. Les choix de traitement, les niveaux de nettoyage, de bouchage et de retouche ont été suivis dans la volonté d’un rendu homogène et cohérent de la cuve et du couvercle.

Le retour strict à l’état original n’était techniquement pas possible et son état de conservation ne le permettait pas. Il a été décidé de redonner au sarcophage son aspect du milieu du 19e siècle, qui est celui contemporain à Mariette, c’est-à-dire, de conserver une juxtaposition de niveaux non contemporains qui correspondrait à l’état du sarcophage à son arrivée au musée.


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