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La restauration de
l’Hyménée travesti assistant à une danse en l’honneur de Priape,
de Poussin

Hyménée travesti assistant à une danse en l’honneur de Priape,
photographie en lumière directe, après restauration © A. Cruz Leão.

Une oeuvre longtemps mal connue

Le tableau, assez méconnu des spécialistes, a été diversement jugé depuis son acquisition en 1953 auprès de la galerie Wildenstein de New York. Inclus ou retiré du corpus du peintre alternativement par Blunt ou Thuillier, son mauvais état de conservation – il était considérablement repeint – n’avait guère permis jusqu’alors de se faire une idée juste de ses qualités. Pierre Rosenberg, dans le catalogue bilingue édité à São Paulo pour la présente occasion, rend définitivement le tableau à Poussin car de nouvelles recherches ainsi que le nettoyage, qui a révélé un vieux numéro d’inventaire peint dans un angle de la toile, établissent désormais avec certitude sa provenance. Il se confirme en effet que celle-ci fut peinte en même temps que la Chasse de Méléagre du Prado, sans doute entre 1634 et 1640, et que, comme elle, elle se trouvait accrochée au palais du Buen Retiro de Madrid. Elle fait ainsi partie de l’une des commandes les plus considérables du XVIIe siècle, l’une des plus mystérieuses aussi, puisque cet important ensemble de tableaux d’artistes installés à Rome et à Naples n’est quasiment pas documenté. La présence de Poussin dans ce contexte rappelle, comme l’écrit Rosenberg, « la rivalité politique et militaire entre les cours de France et d’Espagne » et que « Poussin n’hésitait pas à peindre pour des commanditaires ennemis dont il ne pouvait ignorer l’irréductible hostilité ». Autre particularité inhabituelle chez l’artiste, l’ample format en largeur de la composition dont il a su tirer parti, en s’inspirant tant de l’Antiquité que de la Renaissance (Giulio Romano en particulier), mais dans lequel il demeure un peu contraint quand son génie éclate dans les formats plus restreints. La toile quitta l’Espagne peut-être pendant l’époque napoléonienne – fut-elle volée par un Français dans quelque magasin ? – et arriva en Angleterre au début du XIXe siècle. Ayant appartenu un temps à la célèbre collection Cook, elle fut vendue en 1946 et se retrouva alors sur le marché américain.

 


Un repentir, au-dessus de la statue de Priape,
au centre de la composition (détail).
© A. Cruz Leão.

La restauration du tableau

Précédée par la constitution d’une documentation scientifique réalisée sur place par le Centre de recherche et de restauration des Musées de France (C2RMF), par le Laboratório de Ciência da Conservação, Escola de Belas Artes, Universidade Federal de Minas Gerais (LACICOR) et par le Laboratorio de Física Nuclear Aplicada, Universidade Estadual de Londrina, la restauration du tableau, également menée au MASP même, a porté aussi bien sur le support, dont il a fallu reprendre le rentoilage défectueux, que sur la couche picturale qu’il devenait urgent de débarrasser des vernis oxydés et, surtout, des repeints virés et débordants. L’intervention a créé la surprise en mettant au jour un phallus en érection sur la statue de Priape, détail parfaitement conforme à ce que l’on connaît de ce type de sculptures de l’Antiquité romaine et bien dans l’esprit archéologique de Poussin, mais sans aucun doute trop osé pour le public espagnol de la prude cour de Philippe IV, et pour cela repeint.

Le nettoyage a surtout révélé la beauté des couleurs pures de Poussin et rendu aux différents plans leur profondeur qu’aplatissaient les vernis opacifiés. Une fois purifiée des vernis altérés et des repeints, la couche picturale présentait des milliers d’usures et de micro-lacunes qui ont fait l’objet d’une réintégration illusionniste (les traces d’anciennes déchirures étaient assez heureusement situées dans des zones secondaires). Cependant, la retouche a tenu à conserver au tableau un certain degré d’usure générale qui renseigne sur son véritable état de conservation, notamment dans les visages des personnages.



La statue de Priape,
au centre de la composition
(détail).
© A. Cruz Leão.

Une opération internationale

L’opération, conduite dans le cadre de l’Année de la France au Brésil organisée par CulturesFrance (ministère des Affaires étrangères et européennes) a bénéficié d’un important mécénat de CNP Assurances, relayé au Brésil par Caixa Seguros, et de l’encadrement technique et scientifique du C2RMF (ministère de la culture et de la communication). Si chacun de ces différents acteurs a bien sûr joué son rôle dans l’organisation du chantier, il faut souligner l’engagement personnel de la restauratrice brésilienne Regina da Costa Pinto Dias Moreira, cheville ouvrière du projet, non seulement comme coordinatrice et intervenante directe sur l’œuvre, mais aussi interprète des échanges et « passeuse » d’idées entre les protagonistes. Active depuis de nombreuses années dans les musées de France, notamment au Louvre, elle a apporté à ce projet qui lui tenait particulièrement à cœur, et malgré des difficultés de tous ordres, une expérience, une persévérance et un talent tout à fait exceptionnels.

Cette opération, qui a duré presque un an, a confirmé la confiance que le Museo d’Arte Assis Chateaubriand accorde au C2RMF, puisque ce dernier a également supervisé la restauration du Saint Jérôme de Mantegna, du même musée, dans le cadre d’un partenariat établi avec le Louvre au moment de l’exposition consacrée à Paris au maître de la Renaissance, à l’automne dernier. Ces exemples récents et d’autres à venir témoignent d’une certaine reconnaissance d’un modèle français en matière de restauration et prouvent en tous cas que celle-ci gagne beaucoup à s’inscrire dans des échanges internationaux, car elle fait alors l’objet de points de vue croisés, riches de différentes approches qui forcent à la réflexion interdisciplinaire, enrichissent les possibilités techniques et renouvellent les méthodologies.


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