Editorial, Christiane NAFFAH
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© C2RMF - RMN
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Exposer, c’est d’abord étudier : le sens, la matière, dans un va-et-vient complexe dont l’objectif est la connaissance la plus juste de l’œuvre d’un artiste sous tous ses aspects. Aussi l’exposition Mantegna, 1431-1506, présentée au musée du Louvre du 26 septembre 2008 au 5 janvier 2009, a-t-elle suscité de la part de différents musées ou institutions prêteuses examens et analyses scientifiques afin de tenter de mieux comprendre la technique de ce peintre talentueux. Le commissaire français, Dominique Thiébaut, a émis le souhait qu’une journée de colloque soit consacrée à la restitution et au partage de ces travaux, au sein du Centre de recherche et de restauration des musées de France, lui-même impliqué dans l’étude scientifique des œuvres françaises. L’équipe du C2RMF a accepté avec enthousiasme, inscrivant la publication des actes dans un programme de recherche européen Eu-artech, coordonné par le professeur Bruno Brunetti, de l’université de Perugia, en Italie. Ces actes prennent place dans une série des publications à l’issue de colloques consacrés à la technique de grands artistes comme Il Perugino, à Perugia en 2004, Raphaël, à Londres en 2005, Grünewald à Colmar en 2006 ou les Della Robbia, au C2RMF en 2009. Nous remercions les auteurs de la présente publication, dont cette préface est intégralement inspirée, pour leur participation active, la précision de leurs études et leur inclination au partage de leurs connaissances.
Parmi les 80 œuvres de Mantegna présentées à l’exposition, 16 œuvres sont évoquées ici pour avoir été analysées ou restaurées. Des études concernant 14 œuvres qui ne figuraient pas dans l’exposition viennent enrichir la réflexion. Et deux articles ouvrent le débat, l’un sur la manière de Mantegna chez le jeune Corrège, l’autre sur un contemporain ferrarais, Francesco del Cossa (v. 1436-1478), qui utilise la technique dite de « tuchlein », pratiquée également par Mante¬gna. Les 30 œuvres du peintre proviennent des musées français, anglais, italiens ainsi que de Vienne, Dresde, Copenhague et Washington. [Suit la liste de ces œuvres, classées selon leur support ou leur technique].
Mantegna serait le premier artiste de son époque dont la majorité des œuvres parvenues jusqu’à nous sont peintes sur support de toile. Sa prédilection pour ce matériau a certainement contribué à l’imposer en Italie au tournant du XIVe siècle. Le peintre paraît intéressé par les innovations techniques, comme le souligne Ashok Roy : il utilise l’huile de noix en peinture murale dans la Camera picta au palais ducal de Mantoue, et il vernit les tableaux d’Isabelle d’Este, à la tempéra à l’œuf sur toile, ce qui était rare à l’époque. Pour les grands formats, il préfère les toiles de lin à armure sergé, de meilleure résistance mécanique. Ce choix prévaudra au XVIe siècle, d’abord à Venise, puis dans le reste de l’Italie. Il pratique la mise en tension du textile dans le plan de la composition, l’encollage sur les toiles fines, l’application d’une ou plusieurs couches de gesso sur les toiles épaisses. Il lui arrive de préparer la mise en œuvre à l’aide d’un dessin, d’encadrer d’un trait sa composition… Sa technique à la tempera à l’œuf peut être pure ou mixte, c’est-à-dire additionnée de petites quantités d’huile dans les verts, en particulier pour saturer la couleur, dans la laque rouge posée en glacis, dans les bleus d’azurite ou de lapis-lazuli qu’il mélange souvent ou superpose dans les deux sens. Pour la couleur verte, il utilise le pigment de malachite dans le médium aqueux, aussi bien à la tempera à l’œuf qu’au liant à la colle. Sa peinture à la tempera à l’œuf est souvent vernie, contrairement à la peinture à la tempera à la colle. Sa couche picturale est généralement épaisse, sur une ou plusieurs couches. Rares sont ses tableaux religieux où l’or ne vient pas sublimer la composition. Il s’agit souvent d’un or en poudre, dit « à la coquille » dans un médium aqueux mais également de la dorure au mordant et de traditionnels fonds d’or à l’eau, notamment sur les tableaux d’autel du début de sa carrière. Enfin, pour les minutieux détails de ses tableaux, il utilise l’or appliqué au pinceau fin. La technique de Mantegna est extrêmement diversifiée : ses panneaux de bois sont peints conventionnellement à la tempéra à l’œuf, ainsi que certains de ses tableaux sur toile. Mais il peint fréquemment à la colle sur toile. Et il souscrit littéralement à la tradition quand, tout au long de sa carrière, il continue à utiliser le médium aqueux sur toile et à peindre sur panneaux de bois. L’état de conservation de ses œuvres est très variable. Il est conditionné par la technique de l’œuvre, en particulier la nature du liant, le vernissage ou non du tableau et par le mode de préservation.
Pour quelles raisons Mantegna choisissait telle technique de préférence à telle autre ? Un examen approfondi et détaillé de la fonction des tableaux, de leur taille, de leur emplacement d’origine, du délai imposé à la commande, des critères et désirs des commanditaires, de la recherche esthétique propre de l’artiste donnerait des pistes. Il convient de croiser une fois encore données historiques et archivistiques et résultats des analyses scientifiques. Beau sujet de thèse de doctorat à deux auteurs – aux profils respectivement d’historien d’art et de chimiste – pour la jeune génération ! Partant d’une synthèse raisonnée des actes de ce colloque tenant compte des différents protocoles et équipements utilisés ainsi que des modes d’interprétation de résultats, les données existantes et à venir pourraient être confrontées à une investigation historique savante et passionnée. Point de départ. Editorial Par Christiane Naffah
A la recherche de Mantegna peintre : les enjeux de l’enquête. Préface Dominique Thiébaut
Des propriétés des choses peintes par Mantegna. Introduction Michel Menu
The materials and technique of paintings by Andrea Mantegna in the National Gallery, London Rachel Billinge, Marika Spring
The Madonna from the Accademia Carrara Roberto Bellucci, Cecilia Frosinini
Matériaux et techniques de quatre toiles d’Andrea Mantegna Elisabeth Ravaud, Myriam Eveno, Sigrid Mirabaud, Elsa Lambert
Technical examination and analysis of Andrea Mantegna’s Virtus Combusta Satoko Tanimoto, Giovanni Verri, David Saunders, Hugo Chapman, Judith Rayner, Jenny Bescoby.
XRF analysis on paintings by Mantegna Pietro Moioli, Claudio Seccaroni
Scientific examination of the Mantegna’s paintings in Sant’Andrea, Mantua: the Families of Christ and St John the Baptist and The Baptism of Christ Rocco Mazzeo, Giorgia Sciutto, Silvia Prati, Maria Letizia Amadori.
The Pala di San Zeno conservation project: some provisional results Marco Ciatti, Cecilia Frosinini
La prédelle du retable de San Zeno Elisabeth Ravaud, Myriam Eveno
Madonna and Child: A painting in the manner of Mantegna attributed to the young Correggio Barbara Berrie, Michael Swicklik
The place of the Copenhagen Man of Sorrrows in Mantegna’s technical oeuvre Ashok Roy
Mantegna's Man of Sorrows: Examination and Restoration Troels Filtenborg
Mantegna’s Saint Sebastian from Vienna - Condition, technique and recent restoration Elke Oberthaler
The restoration and painting technique of the Holy Family by Mantegna in the Dresden Gallery Christoph Schölzel
Une toile peinte du quattrocento ferrarais. Pierre Curie, Claudia Sindaco-Domas |